Interview de Danaé Filleur sur France bleu

 

Interview France Bleu 24 janvier 2017

 

 

 

Vanessa L. : Et nous partons dans le Nord, chez Danaé. Bonsoir, Danaé !

 

Danaé Filleur : Bonsoir !

 

Vanessa L. : 20 ans, et cela fait dix ans que vous écrivez pour les enfants. Comment est-ce possible d’écrire à dix ans ? Racontez-nous l’histoire…

 

Danaé Filleur : En fait, c’est une passion qui est venue très tôt. J’ai fait l’école à la maison, et, toute petite, j’adorais écrire. Quand j’ai eu dix ans, j’ai commencé mon tout premier livre. J’ai passé deux ans pour l’écrire.

 

Vanessa L. : Cela parlait de quoi ?

 

Danaé Filleur : C’était une histoire pour les enfants, déjà sur le thème des chevaux. Cela s’appelait « Le clan des équidés ». C’est toujours le nom de la série maintenant. L’histoire a commencé ainsi. J’ai trouvé un éditeur, et, ensuite, nous sommes partis sur les routes à la rencontre des enfants, des lecteurs et lectrices… C’est là que l’aventure a vraiment pris toute son ampleur.

 

Vanessa L. : A dix ans, cela doit faire quelque chose de sortir son premier livre ! Enfin, à douze ans.

 

Danaé Filleur : Oui ! Rencontrer les lecteurs et lectrices, je crois que c’est vraiment… Enfin, pour moi, je crois que c’est la plus belle partie de la vie d’un écrivain.

 

Jean-Patrick B. : Absolument…

 

Danaé Filleur : Pouvoir transmettre la passion des livres, c’est quelque chose de magique !

 

Jean-Patrick B. : Partager, échanger, avoir des retours… Oui, c’est vrai que c’est passionnant, cette dimension.

 

Danaé Filleur : C’est quelque chose d’absolument merveilleux.

 

Jean-Patrick B. : Alors, vous dites que vous êtes partie à la rencontre des lecteurs. Cela veut dire que vous êtes avec une caravane, et que vous allez de ville en ville ?

 

Danaé Filleur : Un camping-car !

 

Jean-Patrick B. : Un camping-car ?

 

Danaé Filleur : On a démarré avec un camping-car, quand j’avais quatorze ans. Maintenant, c’est un camion aménagé camping-car. On voyage beaucoup. Je vais dans les écoles, dans les collèges, pour faire des interventions, dans les salons du livre… Un peu partout, à la rencontre des enfants. A chaque fois, il y a des moments magiques…

 

Jean-Patrick B. : Et cette tournée, elle est organisée par votre éditeur, par l’éducation nationale ? Comment est-elle organisée ? Ou vous y allez au flair ?

 

Danaé Filleur : Tout est fait en famille. Mes parents ont arrêté leur entreprise pour me suivre, quand j’avais quatorze ans, et maintenant, c’est un métier familial.

 

Jean-Patrick B. : Ah oui ?

 

Danaé Filleur : Mon papa réalise les illustrations de mes livres, ma maman est toujours avec nous. C’est vraiment quelque chose de familial. Le livre est vraiment devenu une aventure familiale pour nous.

 

Vanessa L. : C’est génial !

 

Jean-Patrick B. : D’accord, mais cela pourrait être une aventure familiale, j’allais dire… sous un toit ! Là, c’est dans un camping-car, donc, il y a des tournées, de la logistique derrière.

 

Danaé Filleur : Oui, mais cela fait partie pour moi du métier d’auteur. C’est vraiment quelque chose qui nous permet de rencontrer plein de personnes d’horizons différents, de rencontrer… C’est vraiment quelque chose d’unique.

 

Jean-Patrick B. : Pendant quelques années, j’étais conteur, c’est-à-dire que j’allais raconter les contes de Normandie, les contes et les légendes de Normandie. Mais on ne rentre pas dans une école comme dans un moulin ! Comment vous faites ?

 

Danaé Filleur : Souvent, en général, ce sont les enseignants qui organisent les interventions.

 

Jean-Patrick B. : D’accord… Et vous êtes maintenant dans un réseau, et c’est ce réseau qui vous sollicite ?

 

Danaé Filleur : En fait, ce n’est pas vraiment un réseau. Simplement, on a rencontré des personnes formidables, et, au fur et à mesure, le bouche à oreille s’est fait, et…

 

Vanessa L. : Et ça marche !

 

Danaé Filleur : Et ça continue ! Actuellement, il y a trente mille lecteurs et lectrices de la série.

 

Vanessa L. : Alors, justement, je voulais vous poser la question, Danaé. Entre le premier livre de la série, et aujourd’hui, il s’est passé dix ans. L’écriture n’est pas forcément la même non plus. Vous relisez les tout premiers ?

 

Danaé Filleur : Ah oui ! Souvent, parce qu’en fait, comme j’écris pour les enfants, au départ, c’était très facile, puisque j’avais l’âge de mes lecteurs et lectrices. Ensuite, petit à petit, ça a évolué. Comme j’ai grandi, je relis régulièrement mes histoires pour réussir à écrire dans le même vocabulaire, dans le même style, pour que ce soit toujours aussi vivant.

 

Vanessa L. : Ah, c’est marrant. On pourrait penser que, plus on grandit, plus c’est facile d’écrire pour les enfants, et, en fait, pas du tout.

 

Danaé Filleur : On n’a pas forcément le même vocabulaire, il faut s’adapter. Alors, que, lorsqu’on est enfant, on a déjà ce vocabulaire.

 

Vanessa L. : Oui, c’est naturel.

 

Danaé Filleur : C’est vrai.

 

Vanessa L. : Vous vous voyez comment, dans dix ans, Danaé ?

 

Danaé Filleur : C’est une question très vague. Dans dix ans… Je me vois, j’espère, la plus heureuse possible, avec le plus de gens heureux autour de moi. Et surtout, avec l’écriture, et avec les enfants. Je n’ai pas de baguette magique, pour savoir où je serai dans dix ans, mais j’espère que j’aurai réussi à aider des enfants, à leur donner envie de lire, et pourquoi pas ? Essayer de changer un tout petit peu la société.

 

Vanessa L. : C’est beau, tout ça. C’est chouette !

 

Jean-Patrick B. : Et vous auriez aussi envie d’écrire autre chose en parallèle ?

 

Vanessa L. : Oui, pour les grands ?

 

Danaé Filleur : C’est compliqué. Quand on commence à écrire pour les enfants, après, c’est difficile de changer. Les enfants sont tellement francs, tellement… C’est assez extraordinaire. Quand ils n’aiment pas, ou quand ils adorent, ils vont le dire forcément. Ils ont quelque chose qu’on ne retrouve pas forcément chez les adultes. Et surtout, le plus important aussi pour moi, c’est que les enfants sont la base de notre société de demain. C’est en changeant les enfants d’aujourd’hui, qu’on changera la société de demain, qu’on la rendra plus tolérante, plus heureuse. Je pense vraiment qu’on peut réussir, en touchant les enfants aujourd’hui.

 

Vanessa L. : Il faut se réjouir, d’ailleurs, de la quantité, de la qualité de la littérature jeunesse. On n’a jamais eu autant de livres pour les enfants qu’aujourd’hui.

 

Jean-Patrick B. : En quantité, et en qualité, je crois qu’on est vraiment très bien servis.

 

Vanessa L. : Danaé, merci beaucoup d’avoir été avec nous. On vous souhaite plein de beaux livres, plein de belles rencontres, et plein de sourires des enfants pour encore de nombreuses années. A bientôt, Danaé !

 

Danaé Filleur : Merci, à bientôt !