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Tout le monde n'a pas la chance d'être dyslexique

Votre enfant est scolarisé et on vous annonce qu’il a des troubles d’apprentissage, des difficultés de lecture, d’écriture, et peut-être de langage. Mais que s’est-il passé ?
Qu’avez-vous fait ? Que va-t-il se passer pour votre enfant ?
Bienvenue dans le monde des DYS.
J’ai 46 ans et je suis DYS et fier de l’être, comme beaucoup d’adultes DYS.
Je fais partie de la génération où l’on ne diagnostiquait pas ces troubles.
Cependant, au primaire, mes instituteurs étaient très pédagogues, et m’ont appris à lire. Dans mon école, tous les enfants lisaient, et les enseignants ne laissaient personne sur le carreau.
C’est au collège que tout s’est compliqué. Les enseignants étaient moins en contact avec les parents, et pour beaucoup, ils n’en avaient rien à faire. C’était donc l’échec total.
J’étais, à en croire les enseignants, un idiot, un fainéant.
Je ne faisais jamais mes devoirs à la maison (c’était très compliqué pour moi, car je ne comprenais pas les consignes écrites). Cependant, pendant les cours, je comprenais sans prendre de notes (d’ailleurs, si je
 prenais des notes, je ne pouvais pas les relire). J’apprenais donc pendant le cours sans pouvoir réviser. J’avais tout juste la moyenne en utilisant ma mémoire visuelle et auditive et dans certaines matières, mes notes frôlaient le 1 et le 2. (Tiens, voici une info intéressante : les DYS doivent développer leur mémoire visuelle et auditive, tandis que les non-DYS se reposent sur leurs écrits).

Quand j’avais une interrogation en classe, et que je ne me souvenais pas en totalité du cours, je devais faire fonctionner ma logique. J’étais donc bon en math, en physique et en sciences naturelles (c’était pour moi de la logique).
Pourtant j’avais un trouble dyscalculie et j’inversais les chiffres… Alors, je devais me concentrer énormément pour remettre les nombres dans le bon sens, avec les ratures qui faisaient une copie plutôt sale... Et on me trouvait peu soigneux, et on me disait que je ne faisais pas d’efforts de présentation…
Au collège, je ne rentrais donc pas dans le moule (mais ne dit-on pas qu’à force de rentrer dans le moule, on finit par ressembler à une tarte !). Les enseignants, au lieu de se remettre en question sur leur méthode d’enseignement, me classaient dans la catégorie des mauvais élèves qui ne travaillaient pas… Quel gâchis…
J’ai donc arrêté rapidement les études. J’ai demandé à faire mon service militaire afin d’en être libéré et de pouvoir travailler (sans diplôme, et sans avoir fait son service, il était difficile de commencer dans la vie).
C’est donc au service militaire que je me suis rendu compte que je n’étais pas idiot ou fainéant.
Je suis devenu sous-officier instructeur en quatre mois. Et oui, vous avez bien compris. Instructeur…
Mais que s’est-il passé ? Au collège, les enseignants disaient que j’étais idiot, et, comme par magie, j’ai commencé à donner des cours et à commander des hommes.
Au service militaire, les méthodes d’apprentissage n’étaient pas les mêmes (pas question de laisser quelqu’un sur le côté, c’était tout le monde ou personne).
En tant que DYS, et ayant subi un échec au collège, je voyais bien que je pouvais donner le meilleur de moi-même et que j’en serais récompensé. J’ai donc appris et j’ai été soutenu.
J’ai suivi la formation de sous-officier et j’ai réussi mon examen… Wouah, un idiot qui réussissait un examen de sous-officier (accessible niveau bac normalement alors que j’avais arrêté en 3eme) !

J’étais donc formateur, j’avais ma chambre individuelle, je mangeais au mess des sous-officiers, ma solde était bien supérieure à celle des autres, pourtant très diplômés, et je gérais parfois plus de 120 soldats.
Comme récompense, j’ai eu mon permis poids lourds, que j’utilise tous les jours dans mon métier d’éditeur.
J’ai donc compris que ce n’étais pas le fait d’être DYS qui posait problème mais bien l’enseignement qui n’était pas adapté.
Je ne vais pas vous faire un livre sur ma vie, mais je peux vous dire qu’être DYS m’a servi et me sert encore. Pour nous, les DYS adultes, rien n’est impossible...
C’est ainsi que je suis devenu enseignant pédagogique, sans diplôme. J’avoue que c’était une belle revanche, qui faisait râler les diplômés.
Aujourd’hui, je suis éditeur et donc sensible à la question DYS…
Certains diront que mon parcours est un cas très rare… Je peux vous confirmer qu’énormément de DYS ont des carrières professionnelles formidables... Nous en rencontrons quasiment toutes les semaines.
Maintenant que je vous ai peut-être évacué tous les préjugés sur les DYS, nous allons pouvoir avancer, et surtout aider les enfants DYS, parce que tel est mon but.
Tout d’abord, il faut connaître les différentes formes de DYS :
La dyslexie (un trouble d’apprentissage de la lecture),
La dyspraxie (un trouble du développement moteur et de l’écriture),
La dysphasie (un trouble du langage oral)
Les troubles de l’attention
Certains ont un seul trouble, d’autres plusieurs (avec un peu d’humour, on peut dire qu’ils sont « toutes options » !).
Il faut savoir que l’on est DYS toute sa vie (ce qui ne veut pas dire que l’on ne saura pas lire, ou calculer, ou écrire, ou parler, ou faire ses lacets).
Je vous rassure, dans mon métier, je parle, j’ai ma comptabilité en tête en permanence, je lis et je comprends ce que je lis, etc… Pour les lacets, je mets des Santiags, mais ce n’est pas parce que je ne sais pas faire mes lacets. Franchement, des Santiags, c’est plus sympa !
C’est souvent au primaire que l’on diagnostique la dyslexie. L’enseignant constate une difficulté pour l’enfant à suivre les cours comme les autres. On vous conseille donc l’orthophoniste…
Et le diagnostic tombe…Une mauvaise association des signes écrits et des sons, et votre enfant bascule dans les méandres de la dyslexie. Il est pour certains considéré comme handicapé…
Voici un bon moyen pour les enseignants de se déculpabiliser… On peut se demander comment faisaient leurs confrères dans les années 70 ?
Soyons positifs et remercions-les de vous conseiller les orthophonistes ou les logopèdes pour nos amis belges qui, dans la grande majorité des cas, sont très sérieux et qui (je les remercie au passage) travaillent avec notre collection DYS, et veulent vraiment venir en aide aux enfants.
Rassurez-vous, entre 3 et 5 pour cent des enfants seraient concernés. Votre enfant n’est pas le seul et il grandira quand même.
Et si votre enfant était dyspraxique ? Une super option qui fera de lui un élève qui rendra sa copie avec une écriture vraiment pas très jolie…. Mais est-ce vraiment catastrophique ? Je souris quand je tape cette phrase car je travaille sur mon ordinateur, et je ne prends plus jamais de notes par écrit… Et votre enfant n’aura quasiment plus jamais besoin d’utiliser de crayon et de papier mais bien un ordinateur. Le souci à l’école est qu’il doit écrire sur une feuille et utiliser toute son attention pour écrire. Il aura donc du mal à comprendre ce qu’il écrit… N’hésitez pas à demander conseil à votre orthophoniste qui vous aidera à mettre en place une aide pour votre enfant.
Je prendrais bien un peu de dyscalculie !!!
Pour la mémorisation des tables d’addition, ou de multiplication, ce n’est pas facile….
Faites un test et demandez à vos proches de réciter par cœur leur table de divisions… C’est fait ? Bon, quel est le résultat ? Ce n’est pas terrible, n’est-ce-pas ? Eh oui, mais n’oubliez pas que votre enfant, lui, doit les savoir par cœur… Sinon, il va s’autodétruire dans la seconde qui suit…
Pourtant, l’être humain est intelligent et a inventé les calculatrices… Peut-être un inventeur DYS !
Une louche de Dysphasie…
Là, j’avoue, ce n’est pas marrant. 2 pour cent des enfants sont atteints. Le trouble de la syntaxe, des paroles indistinctes ou mal construites et parfois compliquées… Il faut réagir vite si possible, dès trois ans ou avant 5 ans… Après un bon travail chez votre orthophoniste, les progrès seront en général présents rapidement.
Bon, maintenant que nous avons fait un peu le tour, et que vous vous rendez compte que ce n’est pas catastrophique d’avoir un enfant DYS mais plutôt une chance car il aura un parcours différent et parfois exceptionnel, il est temps pour moi de vous donner des conseils personnels.
Ne dramatisez pas cette situation.
Faites-vous aider s’il le faut par des professionnels mais aussi par des associations sérieuses.
Au primaire, la scolarité se  passe plutôt bien car vous devriez être aidés un peu, et les enseignants sont assez proches de vous… Vous les voyez quand vous allez chercher vos enfants à l’école.
Au collège, c’est différent... Certains enseignants se sentent moins concernés (il y a souvent le bus entre vous et eux) et  ce n’est pas une réunion de temps en temps qui va les perturber.
Et comme par hasard, votre enfant va devenir un crétin qu’il va falloir mettre dans une voie de garage. BATTEZ VOUS, VOTRE ENFANT N’EST PAS IDIOT.
Ensuite, ce devrait être moins compliqué (enfin un peu, comme tous les ados, et le choix d’orientation n’est pas toujours facile même avec les autres enfants). Ce n’est pas parce que votre enfant est DYS que ce sera plus facile.
Enfin je pense que tout se joue au primaire. Si votre enfant est suivi rapidement, il ne devrait pas avoir plus de soucis qu’un autre enfant.
La relation parent-enfant est très importante. Si vous l’aidez, les progrès seront énormes (au passage, c’est la même chose avec un enfant qui n’est pas DYS).
Un enfant DYS a peut-être besoin d’être un peu plus valorisé, car il en prend plein la figure, même par certains adultes qui ne comprennent pas ces troubles.
En discutant avec une professionnelle qui diagnostique les surdoués, elle me disait rencontrer beaucoup de DYS…. Imaginez donc ce gâchis pour notre société… Mettre en échec ces enfants alors qu’ils sont surdoués… A se demander qui est le plus intelligent… L’enfant ou l’adulte ?
Mais que va devenir votre enfant ? Une grande probabilité est qu’il devienne chef d’entreprise.
Pour quelle raison ?
Si on vous rejette quand vous êtes petit, vous devez trouver comment tracer votre chemin vous-même.
Les DYS sont souvent créatifs et entrepreneurs. La création d’entreprise permet aux DYS de s’épanouir et ils sont plutôt bons dans ce domaine.
Ah, j’oubliais, les DYS aident souvent les autres. Il va falloir vous y habituer. Mon entourage s’est bien adapté… J’ai créé mon entreprise avec ma famille et j’aide souvent les autres.
Alors, imaginez, quand je rencontre une maman courageuse qui réécrit sur un ordinateur toutes les histoires de la collection Foin de notre maison d’édition, pour que son fils DYS puisse les lire et qu’elle nous demande de faire quelque chose… Eh bien, tout naturellement, on agit.
Il fallait d’abord connaitre un peu mieux la dyslexie et nous nous sommes donc informés.
C’est en primaire que tout se passe, alors, nous avons décidé d’agir à ce niveau scolaire.
La maman changeait le format initial qui était en A5. Nous avons donc aussi choisi le format A4 pour notre collection adaptée pour les enfants dyslexiques.
Nous nous sommes adressés à une amie orthophoniste qui nous a conseillés d’utiliser la police Arial, et de prendre une grande taille de caractère.
La mise en page a été étudiée : les interlignes sont plus grands, et les espaces entre les lettres sont également agrandis.
L’histoire est simplifiée.
Les mots sont décomposés en étant surlignés, et les lettres muettes sont grisées.
Concernant la couleur des illustrations, cette maman utilisait exclusivement du noir et blanc…
Etrange, on pourrait penser que la couleur est un plus... Eh bien non ! Plusieurs orthophonistes nous ont confirmé qu’il serait plus facile pour l’enfant d’utiliser le noir et blanc, afin d’avoir moins d’informations à analyser et de lui permettre de mieux comprendre ce qu’il lit.
Ah j’oubliais ! Il ne faut pas seulement utiliser cette technique pour faire lire l’enfant… Il faut une belle histoire qui lui plaise vraiment.
Danaé Filleur, auteur de livres jeunesse, et en contact permanent avec les enfants, connaît bien son métier. C’était donc évident que toute la collection Foin se transforme en collection DYS.
Bilan : de très beau messages d’enfants, qui lisent et comprennent enfin une histoire complète, et des parents rassurés.
Et c’est ainsi que ma vie d’adulte DYS continue, avec des projets plein la tête, et à l’écoute de tous….
Je suis heureux d’être DYS, comme beaucoup de DYS, et votre enfant le sera certainement également.

Fabien
 

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Commentaires: 2
  • #1

    Doris Lemay (mardi, 31 juillet 2018 23:16)

    Merci pour cette description ! J avais les même signes et les même résultats scolaire. c est ma maman qui m’a poussée dans les études, je prenez des notes et je mémorisais tout en classe, et je ne relisez jamais mes écrits... je suis allez jusque bac +3 mais c étais chaud !!!

  • #2

    Danaé (mardi, 31 juillet 2018 23:53)

    Merci Doris pour ce témoignage.